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This article was written on 14 Jan 2013, and is filled under A lire, Articles rédigés.

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Vagabond… et fier de l’être ! (vive la crise…)

[Article rédigé par Manuel Jacquinet en 2008]

Fermetures d’usines, licenciements massifs dans des secteurs qu’on croyait immortels (l’automobile en est le meilleur exemple), mise à mort soudaine de pans entiers de l’économie, les soubresauts actuels de notre monde « ouvert » jettent sur les routes quantités de salariés, lesquels sont vite susceptibles de devenir, dans des pays très libéraux comme les Etats-Unis, de vrais vagabonds, ces hoboes que la crise de 1929 avait immortalisés.
Par chez nous, c’est… un peu plus soft : on prend d’abord le chemin de l’ANPE, de la cellule de reconversion ; il y a un « sas de décompression » qui vous permet de reprendre un peu de souffle avant le grand saut, le big slam, celui qu’un jour ou l’autre il est salutaire de faire : prendre conscience, réaliser ; que tout est précaire, que nos rêves de sécurité peuvent se briser très rapidement. De bobos à hoboes, il n’y a qu’un pas, qu’une lettre !

N’ayons pas peur des vagabonds ou d’en devenir.

Les hoboes sillonnaient les Etats à la quête de bons jobs et partageaient leurs combines ; ils adoraient, paraît-il, les trains de marchandise pour voyager clandestinement. Nous faisons bien la même chose lorsque dirigeants, cadres, consultants, avocats, intérimaires de luxe, nous courons dans les TGV, planqués derrière les écrans de PC portables ou de Blackberry pour découvrir les bons tuyaux, les bons réseaux, ou l’âme sœur sur les réseaux sociaux.
Les vagabonds veulent changer le monde qui les insupporte ; l’un des plus grands, depuis les Ardennes jusqu’à Harar (Ethiopie), a révolutionné la poésie moderne avec ses voyelles et ses folies… qu’il regrettera. Les autres commettent des chansons pour raconter qu’ils sont nés pour courir : Born to run !
Venus de nulle part, du New Jersey ou de Charleville-Mézières, ils font bouger les lignes –  comme on dit désormais – et pour toujours.
« (…) During the Great depression, movement and change were a way of life (…) 250.000 teenage hoboes were roaming dround America searching for a better life (…) », peut-on découvrir sur le Web.
Les hoboes étaient épris de liberté et disposaient d’une vraie richesse : la capacité et la faculté de survivre dans une société brutale et aliénante. Le genre de facultés et d’habiletés qu’on ne développe pas à HEC ou devant son écran plasma devant Vivement dimanche.
Les vagabonds ? Qu’ils le soient devenus par choix ou par nécessité, partent vers l’ouest, ont la rage de s’en sortir, aiment « fouler l’herbe menue », apprécient les simples sensations*. Ils  n’abdiquent pas leur liberté, ils savent qu’une chanson peut vous en apprendre bien plus que tout ce qu’on apprendra à l’école. « We learned more from a three minutes record than we ever learned in school » : No Surrender – Bruce Springsteen.
Ils vont « loin, loin comme un bohémien. Par la nature, heureux – comme avec une femme » (Sensation – Arthur Rimbaud).

N’ayons pas peur des vagabonds : d’en devenir, d’en redevenir ou de leur ouvrir la porte.
Vive la crise, si elle nous oblige à devenir de vrais vagabonds !

*Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue

Manuel Jacquinet
mj@malpaso.org

 

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