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Silence, demain, on tourne à Tence

Le Progrès le 15.09.2009 / Haute-Loire


Entre satire sociale et comédie populaire, le film de Julien Baillargeon va décortiquer l’univers des call centers. Le tournage débute demain dans des locaux qui pourraient devenir ceux d’un véritable centre d’appels « 118 318 : Sévice compris ». Le film sera sur les écrans en avril. C’est le titre, provisoire, d’une comédie qui pointe du doigt les travers d’une société qui laisse trop souvent l’humain au bord du chemin. L’intrigue prend pour cadre l’univers singulier des calls centers (lire par ailleurs). Pas d’acteurs très connus au générique, encore que la bouille du héros principal Kader, incarné par Booder, soit familière, des comédiens professionnels, dont on reconnaîtra les traits au hasard d’une pub.
Et c’est Tence, un village du Haut-Lignon, qui sert de cadre à l’événement. Depuis hier, l’équipe de préparation du tournage a investi les lieux, dans les locaux abandonnés par l’Equipement il y a trois ans, allée des Pâquerettes.
Ambiance de ruche bon enfant. Le décor prend forme, on installe les bureaux, on déballe les chaises… Mais il n’y a pas encore de machine à café. On se contentera de thé. Brûlant dans le gobelet en plastique. Voilà Julien Baillargeon, le réalisateur, bonnet vissé sur la tête. Il paraît monté sur ressort et aime surprendre son monde. C’est allongé sur la moquette flambant neuve, émaillée de dalles orange vif, qu’il entraîne, au moment de poser pour la photo, sa productrice exécutive Deborah Chiarella et Manuel Jacquinet, le producteur qui lance. « Vous comprenez maintenant pourquoi je l’ai choisi ? »
Manuel Jacquinet, c’est celui grâce à qui l’aventure est née. L’homme, la quarantaine, est à la tête de 118 Productions et il nous sert de guide. « J’ai travaillé pendant une douzaine d’années dans le secteur des centres d’appels. J’ai dirigé une boîte de conseils pour former le personnel des call centers. J’étais à un moment de mon existence où j’avais envie de faire autre chose. J’ai lâché l’entreprise pour produire ce film. Ce milieu est riche, à la fois de ressorts dramatiques et rigolos. On pouvait soit traiter le sujet sous l’angle misérabiliste, soit opter pour la comédie. Car ce huis clos, véritable cristallisation de notre époque, est générateur d’une foison de situations comiques. »
Et si le film se tourne, pour l’essentiel, à Tence (quelques scènes seront jouées à Paris, d’autres en Afrique), c’est par un curieux concours de circonstance. « J’ai été contacté par la communauté de communes du Haut-Lignon qui cherchait des porteurs de projets pour un centre d’appel à créer à Tence. Le maire Jean Digonnet et Julien Melin sont venus me voir à Paris. Mon projet de film était alors en cours. J’avais quatre sites possibles. J’ai choisi Tence. Le film, c’est l’histoire d’un technocrate parisien, un énarque, qui se voit confier la mission de redresser un centre d’appels en province. » La province, ce sera l’Auvergne.

Fabienne Mercier

Repères

Le centre d’appels ou call center, c’est un service dont le rôle consiste à traiter les appels en grand nombre d’une entreprise.
Les appels peuvent être entrants ; ils sont reçus, comme dans le cas d’un service de support après vente où les clients demandent des informations à l’entreprise.
Ils peuvent être sortants ; ils sont alors, comme dans le cas d’une prospection téléphonique où l’on va proposer des produits ou services à des clients potentiels.
Le centre d’appels peut être interne : ce sont les salariés de l’entreprise qui répondent directement à la clientèle ; ou externe : l’entreprise confie à un prestataire spécialisé dans l’accueil téléphonique le soin de traiter les demandes de sa clientèle ou d’effectuer pour son compte des enquêtes téléphoniques.
Aujourd’hui, on a tous à faire au quotidien avec des télé-conseillers.
On a tous pesté un jour ou l’autre sur les temps d’attente insupportables pour joindre tel ou tel service, sur le nombre de phrases inutiles qu’il faut entendre (débitées 34 centimes la minute) avant d’aboutir à une solution.
Quand vous ne voyez pas purement et simplement la communication brusquement coupée lorsqu’il vous semblait, enfin, arriver au bout de vos peines.

Des retombées économiques patentes

Le tournage de cette comédie, outre les retombées de notoriété espérées à sa sortie en salle (on ne peut s’empêcher de rêver d’un succès à l’image de Bienvenue chez les ch’tis), présente un intérêt économique évident pour le territoire. L’équipe, soit une quarantaine de personnes, durant un mois. Acteurs, techniciens logent et dînent au centre Horizon 3 000 à Mendigoules, mangent à midi dans les restaurants de Tence. S’y ajoute une trentaine de figurants, majoritairement recrutés dans le coin. Et la redistribution locale passe aussi par le recours aux services d’artisans, pour la réalisation de divers travaux ainsi que pour la fourniture de matériels. « Les établissements Renon de Lapte nous fournissent les bennes, Jourdain à Brives-Charensac des menuiseries, pour l’électricité, on a vu avec Moulin de Tence… Lorsque nous avons eu besoin cet été, en plein mois d’août, dans une période où toutes les entreprises étaient fermées pour congé, de professionnels du bâtiment, c’est Manpower qui nous a trouvé trois personnes dans des délais rapides, dont un intérimaire qui était Tençois. » Enfin précisons que certains aménagements du décor (comme la moquette au sol) resteront en place, une fois le tournage achevé. Ajoutons que le film ne coûte rien aux contribuables puisqu’il ne bénéficie, à l’heure où nous écrivons, d’aucunes participations sonnantes et trébuchantes émanant de la Région ou du Département, en dehors naturellement, pour ce dernier de la mise à disposition gracieuse des locaux désaffectés qui accueillaient par le passé la subdivision de l’Equipement.

La fiction réalité ?

Pour l’heure, rien n’est encore officiellement ficelé. Mais le projet d’installer un call center dans les locaux désaffectés depuis trois ans des services de l’Equipement à Tence semble être en bonne voie. La communauté de communes du Haut-Lignon a acquis ce bâtiment (qui appartient jusqu’au 30 septembre au Département) dans cette optique. Des porteurs de projets sont intéressés et, à échéance rapide, un accord devrait être finalisé. On évoque trente à quarante emplois à la clé.

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