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This article was written on 05 Mar 2009, and is filled under Editos du magazine En-Contact.

Caissière « no futur » ? Certainement, nous dit Anna Sam

Interview de Anna Sam

Son nom claque comme un coup de revolver. On croirait presque à un pseudo. Et pourtant, tout est vrai ; en commençant par les histoires issues de longues journées assises sur sa chaise à sa caisse d’un hypermarché Leclerc, qui ont transformé la caissière diplômée en représentante médiatisée de milliers de caissières françaises. Attentes longues suivies du coup de rush, travail répétitif et rémunéré au smic ou presque, difficulté à gérer le client, l’autre, dont on sait depuis l’existentialisme qu’il peut être l’enfer… Les parallèles sont nombreux avec la fonction d’agent de centres d’appels. Mais parfois, les mots permettent de ré-enchanter le réel. Et les pages d’un livre de vous transporter dans un autre monde. C’est ce qui est arrivé à Anna Sam, que son blog (caissière-no-futur) et son livre (Les tribulations d’une caissière), ont furieusement médiatisée. Anna, et si l’on parlait donc des call centers, de votre expérience des anonymes que des hasards heureux transportent un jour de l’autre côté du miroir.

En-Contact : Qu’est-ce qui occupe aujourd’hui vos journées ?
Anna Sam : Je travaille doucement mais activement à la préparation d’une conférence que je devrais bientôt animer sur le métier de caissière (je devrais dire hôtesse de caisse), pour lequel je réfléchis également à construire une formation à la demande d’un grand acteur de la distribution.

Une formation ?
Exactement ! Je crois, pour l’avoir vécu, que la fonction d’hôtesse de caisse est un vrai métier, et qu’on peut et doit donc s’y former. A mon sens, il faudrait donner un côté plus social aux formations et stages qui existent déjà mais qui occultent par exemple une part importante du quotidien et de la difficulté du métier : la partie relation clientèle, la difficulté qui peut exister lorsqu’il s’agit de gérer les personnes, les conflits. Contrairement à ce que l’on croit, la relation avec les autres, et notamment les clients, ne constitue pas quelque chose d’inné. Pouvoir transmettre ce que l’on a appris en l’expérimentant est notamment l’un de mes souhaits. Dans ce métier, vous multipliez les contacts ; des contacts qui vont durer trois minutes en moyenne et qui se doivent d’être ultra-positifs, du moins est-ce ce que l’on vous demande. A 20 ans, ça n’est pas facile de s’adapter à ce type de contexte et de situations.

Identifiez-vous d’autres choses qu’il serait nécessaire de transmettre, d’apprendre ?
Je n’ai pas encore tout synthétisé mais il me semble que la transmission pourra concerner d’autres sujets. Par exemple, le piège que peut représenter d’avoir trop rapidement un CDI.

(…) ??
Oui, oui. Lorsque vous décrochez un petit job au départ pris pour vos études ou les financer et que celui-ci s’avère devenir rapidement un CDI, il peut s’agir pour vous, je le répète, d’un piège, ou à tout le moins d’une forme de piège. Le petit job se pérennise, il devient confortable de ne pas en chercher un autre ou trop risqué de ne pas le quitter pour en chercher un autre plus éloigné de chez vous, par exemple, ou alors en CDD. Une fois les études finies, il faut une certaine force alors pour s’obliger à bouger, à rompre avec ce petit confort d’un travail qui représente, même médiocrement rémunéré et décalé par rapport à vos aspirations et diplômes, une pseudo-sécurité. Je dis aux jeunes que je rencontre qu’il faut bouger. Mon livre est aussi un plaidoyer… pour se bouger, pour maintenir et développer la capacité de rebond. Rien n’est fatal.

Vous savez que les télé-conseillers de centres d’appels sont des cousins germains des hôtesses de caisse ?
Peut-être. Vous voulez parler des mecs et des nanas qui doivent réaliser 100 appels pour nous vendre des fenêtres, par exemple ? C’est vrai que c’est « chaud », ce métier. Pour moi, c’est une véritable intrusion à domicile.

C’est l’image que tout le monde en a, mais il ne s’agit pourtant pas que de télévente le soir. Vous avez bien l’occasion de contacter un service client ou une hotline, de temps à autre ?
Ah oui, c’est vrai ; ils sont à l’autre bout du monde et on a bien du mal à se faire comprendre, ou à se comprendre tout simplement. Pourquoi ne travaillent-ils pas plus dans les call center sur la personnalisation. On entend bien que c’est le même message débité pour tous…

Il y a une vraie mode, une tendance lourde actuellement à remettre sur le devant de la scène des anonymes, des « working-class heroes », non ?
Peut-être ; c’est vrai que Amélie Poulain, les Ch’tis, mon livre dans une moindre mesure, parlent de la vraie vie. Je crois surtout qu’ils contribuent à une cause nécessaire : la reconnaissance des anonymes, de ceux qu’on ne voit pas. C’est un peu pour moi, et les gens le sentent peut-être, une sorte de… combat juste.

Bien vu, miss Pastouche* !
*misspastouche@gmail.com

Propos recueillis par Manuel Jacquinet

One Comment

  1. BIANCHI
    22 juin 2009

    À 53 ans, je viens de me faire jeter comme une merde par La Société CARREFOUR MARKET à FOUESNANT.
    J’ai voulu perdre la vie à la suite de tout cela. Je rentre demain en clinique neuro-psy à LARMOR PLAGE, 56 260.
    J’ai été lâchée par tout le monde. J’ai dit des vérités qui n’ont visiblement pas fait plaisir au directeur, alors que c’est la stricte vérité. C’est allé trop loin pour moi.
    J’ai été manager de caisse de 1987 à 1994 à Paris, à le FNAC ; ensuite ma vie à basculé côté vie privée, alors comme il faut bien travailler et me retrouvant en Bretagne sans permis de conduire, j’avais trouvé ce poste à temps partiel. J’étais toujours volontaire s’il y avait besoin de moi, par contre c’est dur de ce retrouver à ce poste, les filles en bavent et les clients sont infectes. Moi j’ai une grande gueule, comme ils disent, et je tenais tête à ce petit monsieur CHAPRON, ce qui m’a valu ce licenciement, que je conteste bien sûr, mais là je suis au bout moralement cela m’a fait trop de mal.
    Merci de m’avoir lu.
    Martine Bianchi une femme de 53 ans totalement désespérée et au bout du rouleau…

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