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This article was written on 13 Oct 2010, and is filled under Articles sur l'auteur.

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FAIRE UN FILM SUR LES CALL CENTERS, pour parler des gens qui y travaillent, qu’on ne voit jamais et qui pour moi sont des vrais héros

Interview de Manuel Jacquinet, producteur délégué et co- scénariste du film « Opération 118 318, sévices clients », une comédie qui sort en salles le 17 Novembre 2010

Pourquoi et comment quitte t- on un métier que l’on connait pour se lancer dans l’aventure de la production cinématographique ?

J’ai crée et dirigé pendant treize ans une société de conseil et de formation spécialisée dans les centres d’appels après avoir fait d’autres métiers, bien différents ; mais, même si j’ai changé souvent de métier, ce qui m’a toujours intéressé, c’est l’aventure humaine, la vraie vie, les individus et comment ils se transforment, évoluent ; au début de ma vie professionnelle, j’ai été libraire et je crois que c’était également pour partager l’existence d’autres individus, à travers la lecture.

Dans l’univers des centres d’appels, ma société (Colorado Conseil) aidait de grandes sociétés ou des pme à former leur personnel et à optimiser le fonctionnement de leur centres d’appels, leurs services clients ou télémarketing, parfois en délocalisant d’ailleurs. Autant dire que je connais bien l’arrière boutique de cet industrie dans ses cotés drôles ou moins reluisants. Un jour, j’ai eu envie de raconter ce que je voyais, entendais… Et qu’on ne raconte jamais d’ailleurs car, alors même que les centres d’appels nous concernent tous puisque nous les utilisons quotidiennement, souvent, ils sont très mal connus et ceux qui y travaillent encore plus.

Ca signifie que tout ce qui est raconté dans le film pourrait arriver ?

Ca signifie même que tout est arrivé et se déroule ainsi: les centres d’appels installés au milieu de nulle part grâce à des subventions accordées par un politique local avant des élections qui se présentent mal, la technologie aux mille promesses et qui ne marche jamais, le téléconseiller béninois ou marocain qui s’appelle Mamadou et qu’on oblige à se présenter avec son nouveau nom  de Claude Duval, le jeune cadre diplômé de grande école qui débarque et n’y comprend que couic… Mais aussi les prouesses quotidiennes de ces milliers de téléconseillers qui arrivent à garder leur calme dans cet univers kafkaien, leur énergie et leur bonne humeur toujours renouvelée pour aller chercher les objectifs de vente ou de QS (Qualité de Service) ; les conseillers clients sont tout à la fois les sans culottes des temps modernes mais ils comptent aussi parmi les vrais héros des temps modernes, tout comme les clients et consommateurs qui n’ont pas encore pété un câble face au surréalisme ou au cynisme du marketing : on leur promet du service client, on commet du sévice client.

Pourquoi un film indépendant ?

J’ai essayé de monter le film et le projet pendant un an avec une méthode classique : une chaine, un distributeur etc. Et puis j’ai compris qu’avec mon projet de comédie sur un sujet improbable et sans casting béton et mon nom qui ne disait rien dans l’univers du cinéma, et un réalisateur dont c’était le premier long métrage, j’étais comme l’apprenti sherpa qui veut s’attaquer à l’Everest en tongs et simplement équipé avec … une cannette de red bull. Un matin, devant mon bol de corn flakes, je me suis dit que c’était quand même un bon sujet ; et je me suis rappelé ces journées durant lesquelles des télévendeurs passent des centaines d’appels sans vente ; le doute s’installe mais celui qui gagne, c’est celui qui continue de passer ses appels : à 19h54, c’est parfois le 140ème prospect appelé qui vous dit oui et vous sauve la journée ! Produire un film c’est pareil, je peux vous le confirmer : il faut toujours y croire.

Dans le film, c’est précisément un téléconseiller débrouillard et créatif qui va sauver la situation avec la collaboration d’un « complice » béninois … Que faut il en déduire, comprendre ?

Que le monde est ouvert, que deux individus qui se parlent, c’est quand même mieux que des serveurs vocaux interactifs et que dans les centres d’appels comme ailleurs, les vrais « héros » selon moi, sont peut être tous ces anonymes qu’on n’entend pas, qu’on ne voit pas, qui choisissent de rester debout et ont la foi du charbonnier.

Propos recueillis par Maxime Poisot

7 Comments

  1. Julie
    16 mai 2011

    Beaucoup de téléconseillers doivent vous dire merci, car le film est juste à leur égard.

  2. Romain
    16 mai 2011

    Vu en salles, je veux le revoir. Le DVD est sorti ?

  3. Gary
    16 mai 2011

    Très, très beau film, avec beaucoup d’humanité, j’ai aimé le voir, vraiment.

  4. Karim
    16 mai 2011

    Merci et bravo pour ce film !

  5. Steve
    16 mai 2011

    Ambition honorable mais il faut quand même connaître un peu le cinéma pour faire un film, non ?

  6. Une ENSAEtte
    8 novembre 2010

    …Et en tout cas quelque part à Malakoff une jeune fille est très admirative du producteur…

  7. Bondi
    14 octobre 2010

    En tous cas dans notre centre d’appel on a tous hâte de le voir!!! Vivement le 17 novembre!

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