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This article was written on 26 Nov 2008, and is filled under A lire.

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Centre d’appel en prison

Interview de M. Laurent Ridel,
sous-directeur des « personnes placées sous main de justice »

Juillet 2008, quelques simples lignes parues dans le Figaro ont suffi à déclencher un véritable feu d’artifice de commentaires, d’étonnements, de réactions vives sur de nombreux blogs. (cf extraits). Un nouveau Kerviel parti avec la caisse ? Le mystère des frégates de Taiwan afin éclairci..? Vous n’y êtes pas : ce sont des prisonniers futurs téléconseillers putatifs au sein de centres d’appels en projet d’installation dans les prisons françaises qui déclenchent ce tintamarre. La centrale syndicale CGT n’y va pas de main morte dans un communiqué officiel : « Les centres d’appels faisaient travailler les forçats au téléphone. Désormais, ils feront travailler des forçats tout court. »
Pour comprendre l’enjeu et le contexte précis de ce qui ne relève encore que d’un projet en France (contrairement à l’Italie où l’expérience est déjà menée avec succès depuis plusieurs années par Télécom Italia), autant parler avec l’un des hommes les plus au fait du sujet puisque son métier au quotidien consiste précisément à s’occuper des « personnes placées sous main de justice ».

En-Contact : Laurent Ridel, vous êtes sous directeur des « personnes placées sous main de justice » Quelle est votre mission précise ?
Laurent Ridel : Mes services sont en charge de la mise en œuvre concrète des politiques pénitentiaires. Il y a en France 63000 détenus auxquels il faut ajouter environ 150 000 personnes suivies par l’administration pénitentiaire en milieu ouvert. Pour chacune de ces personnes notre objectif est que le temps de la prise en charge soit un temps aussi utile que possible. Pour cela nous devons agir sur tous les leviers permettant d’éviter la récidive : maintenir ou renouer un ancrage familial, travailler avec les délinquants sur le passage à l’acte qui leur a valu d’être condamnés et favoriser leur insertion socio-professionnelle.
Dans ce cadre, l’une des priorités est précisément cette insertion professionnelle qui représente un pari délicat : au moment de l’écrou, n’oublions pas que 60% des détenus n’exerçaient pas de travail. C’est donc un point fondamental à traiter pour qu’ils ne reviennent pas en prison.

Quelles sont précisément les possibilités d’activité professionnelle des détenus ?
Près de 40 % des détenus exercent une activité rémunérée.
En effet, 23 000 d’entre eux travaillent ou suivent une formation professionnelle.
En ce qui concerne le travail, il convient de distinguer trois hypothèses :

  • le service général (entretien et fonctionnement de l’établissement pénitentiaire) ;
  • le service de l’emploi pénitentiaire (à travers une régie, l’administration pénitentiaire fait travailler des détenus dans des ateliers de production)
  • le travail pour une entreprise privée qui installe un atelier en prison (régime de la concession).
  • Nous nous sommes fixé un objectif ambitieux : créer en 3 ans 2000 postes supplémentaires de travail en atelier de concession.

C’est un objectif ambitieux ?

Oui, notamment parce que, comme d’autres opérateurs économiques, nous sommes confrontés aux délocalisations. De nombreuses tâches qui étaient confiées traditionnellement à des détenus ont été délocalisées, les entreprises cherchant à obtenir des coûts de production moindres.

Nous devons donc faire connaître le travail pénitentiaire, prospecter auprès des entreprises et nous adapter aux évolutions du marché du travail. Pour une entreprise, installer un atelier en détention comporte des contraintes (de sécurité, notamment) mais peut être économiquement rentable. C’est en tout cas une démarche citoyenne que nous souhaitons accompagner et développer.

Venons-en à ce projet de call center dans les prisons. Quelle en est l’origine et l’état d’avancement ?

LR : Dans le cadre de nos prospections, deux entreprises du secteur, Webhelp et une deuxième qui souhaite pour le moment ne pas être citée, nous ont fait part de leur intérêt.

De quoi s’agit-il précisément ?
Les entreprises qui emploient ou envisagent d’employer des détenus le font dans le cadre d’un contrat de concession de main-d’œuvre très encadré. Il faut trouver un compromis judicieux entre les contraintes de sécurité, le profil et le statut de détenu des personnes employées et l’intérêt économique de l’entreprise.

Il convient en effet de prendre des précautions.
Dans le cadre de centres d’appels, par exemple, on ne peut autoriser d’activités nécessitant de transmettre des données bancaires, les réseaux informatiques et télécoms doivent être sécurisés au préalable par l’entreprise concessionnaire.


Quel est le salaire prévu pour les détenus ?

Ceux-ci n’ont pas de contrat de travail, mais la rémunération est fixée à l’avance par un document : le contrat de concession signé par l’administration pénitentiaire et l’entreprise privée. Cette rémunération est bien sûr portée à la connaissance du détenu lorsqu’il postule pour occuper un poste de travail. Elle est fixée sur la base d’un taux équivalent à 50 % du SMIC horaire. Le salaire brut supporte des charges patronales réduites (l’immatriculation des détenus à la sécurité sociale est prise en charge par la DAP, taux plus faibles des cotisations chômage, retraite …).
Dans certain cas, des tarifs à la tâche ou à la pièce peuvent être envisagés sur la base d’une grille préalablement fixée.

On voit bien l’intérêt de tels projets. Pourquoi soulèvent-ils tant de remarques négatives ?
Le rapport des Français et des médias aux prisons à ce sujet est très passionnel et pas toujours objectif.
Par exemple, certains grands groupes font encore figurer dans leur charte éthique l’interdiction de faire travailler des détenus.
Nous œuvrons pour que la situation évolue. Faire travailler des détenus est une démarche citoyenne : c’est aider à sa réinsertion, c’est permettre l’indemnisation des victimes. Bref, c’est lutter contre la récidive. Il faudrait au contraire avoir un regard apaisé sur de telles questions.

Dans certains cas, il faut pouvoir apprendre le métier pour réaliser les missions confiées. Qu’est-ce qui est prévu dans ce domaine ?
Bien sûr, nous avons déjà 20 000 détenus qui suivent tous les ans une formation professionnelle.
Il est prévu que les détenus qui travailleront au sein de ces centres d’appels reçoivent au préalable une formation.

L’intérêt n’est pas simplement de faire travailler des détenus mais surtout de leur permettre de trouver un emploi lors de leur sortie de prison.

8 Comments

  1. Manel
    11 avril 2011

    petitesouris a raison… A quand la delocalisation dans les prisons de Mohammed VI dans ce paradis de l outsourcing qu est le maroc ?
    Imbattable !
    A moins qu eux memes ne se mettent a sous traiter dans les prisons Ivoiriennes qui actuellement regorgent de talents et de … prisonniers.

  2. petitesouris
    11 avril 2011

    De toutes facons les prisons francaises ne peuvent pas lutter … contre les prisons indiennes !!!!

  3. Fantasio
    8 mars 2011

    Aucun scrupule….tout cela parce qu’il n’y a pas de smic en prisons et que les « travailleurs » y sont payés trois à quatre fois moins cher !

  4. Droodle
    5 mars 2011

    Ben voyons, pour quelques dollars de moins … moins cher que l’outsourcing, moins cher que l’offshore, la prison !
    Mais attention ! on fait monte maintenant des call centers dans les prisons A L OFFSHORE !!!

  5. BenKay
    5 mars 2011

    Les centres d’appels dans les prisons : oui.
    Mais pas avec n’importe qui.
    Un assassin ne va pas vous massacrer au bout du fil, mais un criminel informatique ou un fraudeur pourra vous causer bien des soucis…
    Encadrer aussi énormément les données clients, rendre impossible leur copie… Il y a des mesures de sécurité à prendre.

  6. jozzy-online
    1 mars 2010

    Oui, probablement il est donc

  7. mimi
    20 janvier 2009

    je suis tout à fait d’acord de leur donner une autre chance et de les aider à se réinsercer apres leure peine

  8. marc
    13 décembre 2008

    je suis partagé sur cette question
    d’un côté, ça m’agace de voir qu’on va donner du boulot aux détenus qui ont quand même une peine à purger pour une faute qu’ils ont commise !!!
    de l’autre, c’est plutôt pas mal comme initiative de réinsertion
    entre les deux, mon coeur balance
    qui pour me dicter le bon choix ?

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