AMBUSH

Information

This article was written on 05 Nov 2009, and is filled under Articles sur l'auteur.

Current post is tagged

, , , ,

«Ce sont les usines des temps modernes»

Paru dans Libération (Économie 07/07/2007) l MAUSSION Catherine

L’externalisation des centres d’appels est-elle inéluctable ? Les internautes réagissent à notre interview d’un expert, Manuel Jacquinet.
«Qui nous dit que le forum de Libé est modéré à Paris ? Si cela se trouve, tout est délocalisé à Montreuil ou à Calcutta ?» Bien vu ! Que les emplois de téléopérateurs soient exercés en France ou à l’étranger, nos lecteurs en ont la même vision dégradée. «Je me demande l’intérêt de garder ces emplois en France ! Excusez-moi, mais ce n’est pas un métier !» lance Benji. JMS évoque le «stress hallucinant» subi par les téléopérateurs «dans les pays riches». Plimsouls module : «Je suis employé en interne et syndicaliste chez le premier opérateur français. Les rapports humains y sont encore acceptables si vous avez un peu de bouteille», mais il dénonce «un climat de plus en plus délétère où chacun reste la tête dans le guidon (10 à 11 appels par heure). Ces centres sont les usines des temps modernes». Et ce ne serait pas mieux à l’étranger : «Avez-vous déjà eu affaire aux services supports de multinationales américaines ?» interroge Pacha 75. «Vous tombez souvent sur de gentils Africains qui n’ont aucun contrôle sur la situation et qui, comme vous, prient que tout se passe selon les procédures.» Dans le cas contraire, «leur seule utilité est de se faire insulter par les clients mécontents». Néanmoins, ces emplois ne sont-ils pas une chance, comme le soulevait Manuel Jacquinet, pour des pays comme le Maroc ou le Sénégal ? Benji est d’accord : «Autant que ce métier soit exécuté dans des pays où il représente un mieux !» JMS ne l’est pas : «Cette frénésie de sous-traitance n’amènera rien de bon pour les pays pauvres même si, dans un premier temps, ils en recevront quelque argent.»«Arrêtez de diaboliser les outsourceurs», répond Nico : «Je dirige une compagnie d’assurances au Royaume-Uni, et nous avons des outsourceurs qui travaillent pour nous en Inde afin que nos employés Britanniques puissent rentrer chez eux à six heures du soir !» En tout cas, Pacha 75 en est convaincu : «Ces centres d’appels off-shore incarnent les pires travers de la mondialisation : nouvel esclavagisme, clients mécontents et multinationales autistes.» A qui la faute ? «Aux entreprises et à leur quête du profit», dit JMS. Mais pas seulement : «Les intérêts des travailleurs et ceux des consommateurs ont cessé de coïncider, et nous contribuons par nos achats quotidiens à cette situation catastrophique.»
(1) http://www.liberation.fr (forums et réactions)

10 Comments

  1. Angélique
    15 mai 2011

    « Les intérêts des travailleurs et ceux des consommateurs ont cessé de coïncider, et nous contribuons par nos achats quotidiens à cette situation catastrophique ». Cet article lance en effet une réflexion intéressante : dans le monde moderne, contrairement à l’époque des usines de Zola, il n’y a plus de solidarités : les salariés se battent les uns contre les autres pour conserver leur place ou gagner des primes, les entreprises sont dans une concurrence acharnée qui s’incarne au niveau des pays, et une fois le salarié rentré chez lui, il redevient un consommateur individualiste et insensible aux questions sociales. D’une certaine manière c’est terrifiant.

  2. Karim
    15 mai 2011

    «Avez-vous déjà eu affaire aux services supports de multinationales américaines ?»
    Ahaha, bonne question ! on en vient à regretter les téléconseillers français, et vite !

  3. Remi
    15 mai 2011

    Ces préjugés ont la vie dure… non la relation client n’est pas un esclavagisme moderne : c’est un métier honnête avec des patrons honnêtes et des salariés consciencieux – ou pas, mais pas moins qu’ailleurs !

  4. Emmy
    15 mai 2011

    Combien valent nos emplois ? Et que sait-on du marocain ou du tunisien qui nous répond lorsqu’on lui parle de nos problèmes de riches consommateurs jamais content, totalement insatisfaits ?

  5. Sophie
    15 mai 2011

    Le plus gênant c’est que comme dans une usine, les téléconseillers sont censés ne pas réfléchir, ne pas penser, juste répéter un script. C’est un déni de leur humanité.

  6. Hubert
    15 mai 2011

    Oui, d’autant plus que les étapes du parcours de production sont toutes parfaitement sectionnables, expportables, délocalisables. Avec pour objectif ultime de pouvoir remplacer n’importe qui, n’importe quand.

  7. Guy
    15 mai 2011

    Il y a une forme de mépris à toujours plaindre les téléconseillers et dénoncer leurs conditions de travail qu’au fond on ne connaît pas. Nos emplois sont-ils vraiment mieux ?

  8. Raz
    15 mai 2011

    Les bonnes âmes et les bobos qui ne savent pas ce que c’est de travailler pour vivre ne savent pas ce que c’est que de travailler dans un call center, je n’ai pas besoin de leur pitié. J’aime mon travail, je n’y passerai pas ma vie, mais je ne le renie pas.

  9. Stéphane
    15 mai 2011

    mMis aujourd’hui, à par les usines justement, quel autre métiers des services peut réunir plus de 300,500 personnes au SMIC sous un même toit, avec tous les représentants syndicaux imposés ? L’analogie avec les usines est pertinente.

  10. Kevin
    15 mai 2011

    je travaille depuis 2 ans dans un call center. Ce n’est pas l’extase, je fais cela pour survivre, comme beaucoup. Une fois que ce sera fini j’espère tourver mieux mais avec un BTS pas facile. C’est un métier honnête, les chefs sont plus ou moins bons, comme dans d’autres métiers.

Laisser un commentaire

*