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This article was written on 12 Juin 2002, and is filled under Editos du magazine En-Contact.

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« Qu’as-tu fait de ta vie ? »

Qu’as-tu fait de ta vie, pitance de roi ?

J’ai vu l’homme

Je n’ai pas vu l’homme comme la mouette, vague au ventre,
Qui file rapide sur la mer indéfinie

J’ai vu l’homme à la torche faible, ployé et qui cherchait

Il avait le sérieux de la puce qui saute, mais son saut était rare et réglementé (…)
Je n’ai pas vu l’homme répandant autour de lui l’heureuse conscience de la vie
Mais j’ai vu l’homme comme un bimoteur de combat répandant la terreur et les maux atroces.
Il avait quand je le connus, à peu près cent mille ans et faisait aisément le tour de la [Terre.
Il n’avait pas encore appris à être bon voisin (…)
Je n’ai pas entendu le chant de l’homme, le chant de la contemplation des mondes, le [chant de la sphère, le chant de l’immensité, le chant de l’éternelle attente.

H. MICHAUX ; Exorcismes, « Ecce Homo »

On ne peut pas en vouloir à la C.F.D.T., à l’approche des élections prud’homales, d’être intelligente et d’identifier le secteur des centres d’appels comme l’un de ceux où une organisation syndicale bien organisée peut espérer « recruter » ses futurs (et nombreux) adhérents.

Les études auxquelles la centrales nous a habitués (et notamment celle qu’elle fit paraître en mai 2001) sont toujours fouillées et riches d’enseignement. Et celle qu’elle a rendue publique lors de sa conférence de presse de mars dernier ne déroge pas à la règle (cf. extrait de l’entretien avec Nicole Notat, page 21). Le problème, c’est que ça finit toujours par des résumés lapidaires ; réducteurs et inquiétants sur les conditions de travail, le stress et « les ouvriers contemporains des télé-usines  (Les Echos) ; la C.F.D.T. s’inquiète des conditions de travail dans les centres d’appels… principalement dues au stress ». On a même eu le droit au journal de vingt heures, sur France 2, à un résumé quasi-identique.

Peut-être faut-il rappeler que tous les centres d’appels ne ressemblent pas à ceux qui ont été étudiés, que le stress peut également être positif, qu’être ouvrier peut permettre un jour d’être directeur d’usine et ne constitue certainement pas une tare en soi ; que le travail n’est pas toujours synonyme de souffrance.

La « transparence », nouvelle grande vertu dont les colonnes de journaux sont remplies, consiste également à évoquer TOUTES les réalités, à nommer TOUTES les choses et non pas seulement celles qui vont dans le sens du vent.

Je ne peux m’empêcher de rapprocher ceci des propos de J. Rigaud (ancien Directeur général de R.T.L.) qui déclarait dans un entretien à Les Echos le 30 mars 2002 : « Ce qui me frappe dans la société actuelle, c’est la diabolisation du travail, sous-jacente aux 35 heures (…), une vision perverse de la vieille idée chrétienne « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », le travail vu comme une punition et non comme un accomplissement. Considérer que le progrès social est de moins travailler et à la limite rendre obligatoire le moindre travail, ça me révolte. »

J’étais donc… passablement énervé à la lecture des comptes rendus de presse de cette étude mais, dans la même journée, j’ai retrouvé un poème de Michaux qui m’a marqué lorsque j’étais étudiant ; je cherchais depuis des années à le retrouver et c’est chose faite. Recueil : Exorcismes. Dans la préface, l’auteur explique que la poésie peut constituer une forme d’exorcisme.

Manuel JACQUINET
Directeur de la rédaction

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